Entre ses mains
Donna Gottschalk, Liz Magor
13.03.2026 - 16.05.2026, vernissage 13.03.2026
« (?) le féminisme m?a donné la permission d?être dans l?incertitude, de digresser, de ne pas m?excuser et de ne pas être autoritaire. Il m?a aidée à valoriser le détail, à accueillir les petites histoires et à rejeter le besoin d?être à l?avant-garde d?un mouvement artistique ou de le dominer. »
Liz Magor in ?a conversation with Liz Magor?, Subject to Change, Concordia University Press, 2023
« (?) il n?y a pas d?innocence possible lorsqu?on est une jeune fille, car être une jeune fille c?est être adressée, car être une jeune fille ça veut dire que tout ce que l?on fait signifie toujours quelque chose qui, nous dépasse et qu?il y aura toujours quelqu?un pour mal interpréter, ça veut dire ne pas pouvoir être pour soi (?) »
Louise Chennevière, Pour Britney, éd. POL, 2024
IA : À quoi ressemblerait une pratique artistique qui s?est formée dans un contexte féministe mais dont le féminisme n?est pas le sujet ? Qui aurait la féminitude comme circonstance d?apparition et non comme objet ? Ce qui rassemble pour moi ces deux très grandes figures de l?art que sont aujourd?hui Liz Magor et Donna Gottschalk, malgré la mise en ?uvre de moyens si différents (l?une travaillant principalement le volume, l?autre la photographie), c?est la possibilité qui leur a été donnée par le féminisme de la fin des années 60?celui de leurs vingt ans?, de « digresser, ne pas s?excuser et ne pas être autoritaire ». C?est une ligne de travail pour l?exposition « Entre ses mains », comme pour la galerie. Partir d?un détail, d?une situation donnée hors des grands récits historiques en surplomb, accueillir les histoires de celles qui furent des jeunes filles adressées, déconstruire pièce à pièce et collectivement les clichés poisseux et aliénants du devenir-femme (vestiaire, gestuelle, poses) pour les mettre au feu. Il y a une rage et une puissance dans les ?uvres de Liz et de Donna, dans les index dressés, les poings serrés comme dans les gestes caressants, qui s?adressent directement à nous, sans discours, sans besoin de mise en contexte. Le contexte, nous le connaissons déjà, c?est l?ironie de nos vies et la profondeur de nos amitiés.
CB: Les photographies de Donna Gottschalk et les sculptures de Liz Magor sont de véritables manifestes visuels sur la responsabilité affective. Elles proposent toutes deux une contre-société fondée sur l'affect : pour Donna Gottschalk, à partir des corps exclus ; pour Liz Magor, à partir de notre responsabilité en tant qu?êtres humains à exercer une force qui va de pair avec l'empathie. Donna utilise son appareil photo comme on ouvre ses bras aux autres, créant ainsi un espace de fusion, de solidarité et de soutien collectif. L?étreinte est une structure de survie : les têtes se touchent, les bras entourent et se referment doucement. Aucune asymétrie, seul existe un espace commun où les corps se soutiennent face à l?exclusion sociale. Une affection sans condition est-elle possible ? Avec ses sculptures récentes moulées en gypse polymérisé, Liz montre à quel point un geste n?est jamais neutre : toucher, c?est influencer. Il peut exister un décalage d?intensité entre les mains contractées de l?artiste et les peluches molles qui absorbent la pression sans répondre. Ce déplacement émotionnel contraste avec le besoin de douceur et de réparation qui circule entre Donna et celleux qu?elle reconnaît, entend et protège. Qu?il s?agisse de circulation affective ou de concentration d?énergie, les deux artistes explorent des politiques du toucher qui ne peuvent être que perméables. Certaines photographies de Donna racontent sur plusieurs tirages l?intranquillité d?une étreinte, tandis que Liz propose l?affirmation silencieuse d?une transmutation intérieure à travers une contrainte symbolique sur un corps vulnérable. Encore heureux qu?on puisse porter, comme nous le propose Liz, des vêtements parfaits sortis de leur boîte qui claqueront au vent sur nos corps parfaits.
Donna Gottschalk est une photographe américaine et militante lesbienne née en 1949. Elle a grandi à New York, dans le Lower East Side. Elle intègre the Cooper Union for the Advancement of Science and Art en 1969. La même année elle rejoint le Gay Liberation Front et devient un membre actif du mouvement. En 1970 elle organise avec d?autres activistes l?action Lavender Menace durant le congrès de la National Organisation for Women, pour protester contre l?exclusion des lesbiennes du mouvement de libération féministe. En 1971, elle déménage à San Francisco avec ses s?urs Myla et Mary où elle exerce la profession de chauffeuse de taxi. Elle rejoint ensuite une entreprise de tirages photographiques avant de s?installer dans le Connecticut où elle monte, avec son associé, son propre laboratoire. À la fin des années 90, elle devient aide-soignante et s?installe dans le Vermont. Tout au long de sa vie Donna Gottschalk n?a eu de cesse de photographier ses proches, ses frères et s?urs, les personnes butch, fem, trans, gay, activistes, camarades et ami·es qu?elle côtoie. Le Leslie Lohman Museum à New York lui consacre sa première rétrospective en 2018. Depuis, son travail a fait l?objet d?expositions personnelles et collectives à la Galerie Marcelle Alix, Paris (2019, 2023), au CRAC Alsace, Altkirch (2024) au CREDAC, Ivry-sur-Seine (2024), à Bozar, Bruxelles (2024), au BAL, Paris et à The photographers' gallery, Londres, UK, jusqu?au 07.06.26.
Liz Magor est née en 1948. Elle vit à Vancouver (Canada). Artiste importante de la scène canadienne, elle a participé à plusieurs expositions de groupe à la Vancouver Art Gallery, à la National Art Gallery à Ottawa, au Seattle Art Museum, au Wattis Institute, à Documenta 8 et à la Biennale de Venise. Triangle Marseille a réintroduit son travail en Europe en 2013 (cur. Céline Kopp) qui fut ensuite montré au Crédac centre d?art contemporain d?Ivry-sur-Seine (cur. Claire Le Restif). En 2017, sa rétrospective, initiée par le Musée d'Art Contemporain de Montréal, a fait l'objet d'une tournée au Migros Museum Zurich, au Kunstverein à Hambourg et au MAMAC à Nice. Elle a été en résidence au DAAD à Berlin en 2017-2018. Son travail a été présenté à la Renaissance Society de Chicago et au Carpenter Center for the Visual Arts de Cambridge en 2019 et a fait l?objet d?expositions personnelles à Focal Point Gallery (Southend-on-Sea, UK), The Douglas Hyde Gallery (Dublin, IR), la Fondazione Giuliani (Rome, IT) en 2023 et au MoCA de Toronto en 2024.
Remerciements: Hélène Giannecchini, Claire Kellenberger, Evie K Horton, Laure Leprince, Joshua Duncan, Anne Lacoste, Le Bal Paris (Diane Dufour, Julie Héraut et l'équipe), The Photographers' Gallery London (José Neves), Fondation Pernod-Ricard (Franck Balland)
?(?) feminism has given me permission to be unsure, as well as digressive, unapologetic, and unauthoritative. It has helped me valorize detail, entertain the small stories and eschew the need to be at the front, or on top of, an art movement.?
Liz Magor in ?a conversation with Liz Magor?, Subject to Change, Concordia University Press, 2023
?(...) there can be no possible innocence when one is a young girl, because being a young girl means being addressed; because being a young girl means that everything we do always signifies something that exceeds us, and that there will always be someone to misinterpret it; it means not being able to exist for oneself (...)?
Louise Chennevière, Pour Britney, POL editions, 2024
IA: What would an artistic practice look like that was formed in a feminist context but whose subject is not feminism? One that would have the female condition as the circumstance of its emergence rather than as its object? What brings together, for me, these two great figures of contemporary art?Liz Magor and Donna Gottschalk?despite their use of such different means (one working primarily with volume, the other with photography), is the possibility offered to them by the feminism of the late 1960s?the feminism of their twenties??to be digressive, unapologetic, and unauthoritative.? This is a working line both for the exhibition Entre ses mains [In Her Hands] and for the gallery. To begin from a detail, from a given situation outside the overarching grand narratives of history; to welcome the stories of those who once were young girls being addressed; to dismantle, piece by piece and collectively, the sticky and alienating clichés of becoming-female (wardrobe, gestures, poses) in order to throw them into the fire. There is a rage and a force in Liz?s and Donna?s works?in the raised index fingers, the clenched fists as well as the caressing gestures?that address us directly, without discourse, without any need for contextualization. The context we already know: it is the irony of our lives and the depth of our friendships.
CB: Donna Gottschalk?s photographs and Liz Magor?s sculptures are true visual manifestos on affective responsibility. Both propose a counter-society grounded in affect: for Donna Gottschalk, beginning from excluded bodies; for Liz Magor, from our responsibility as human beings to exercise a force that goes hand in hand with empathy. Donna uses her camera as one opens one?s arms to others, creating a space of fusion, solidarity, and collective support. The embrace becomes a structure of survival: heads touch, arms encircle and gently close. There is no asymmetry?only a shared space where bodies support one another in the face of social exclusion. Is unconditional affection possible?
With her recent sculptures cast in polymerised gypsum, Liz shows just how a gesture is never neutral: to touch is to influence. There may be a shift in intensity between the artist?s contracted hands and the soft plush forms that absorb the pressure without responding. This emotional displacement contrasts with the need for tenderness and repair circulating between Donna and those whom she recognizes, listens to, and protects. Whether through the circulation of affect or the concentration of energy, both artists explore politics of touch that can only be permeable. Some of Donna?s photographs recount, across several prints, the restlessness of an embrace, while Liz proposes the silent affirmation of an inner transmutation through a symbolic constraint placed on a vulnerable body. Fortunately, as Liz suggests, we can still wear perfect clothes fresh out of the box, snapping in the wind against our perfect bodies.
Donna Gottschalk is an American photographer and a lesbian activist born in 1949. She grew up in New York City, in the Lower East Side. She joined the Cooper Union for the Advancement of Science and Art in 1969. The same year she joined the Gay Liberation Front, becoming an active member of the movement. In 1970, she and other activists organized the Lavender Menace action during the National Organisation for Women congress, to protest against the exclusion of lesbians from the women?s liberation movement. In 1971, she moved to San Francisco with her sisters Myla and Mary where she worked as a taxi driver. She then joined a photographic printing company before moving to Connecticut where she established her own lab with a partner. In the late 1990s, she became a nursing auxiliary and moved to Vermont. Throughout her life, Donna Gottschalk kept photographing her loved ones, her siblings, butch, fem, trans, gay activists, comrades, and friends. The Leslie Lohman Museum in New York hosted her first retrospective in 2018. Since then, her work has been the subject of solo and group show at Marcelle Alix Gallery, Paris (2019, 2023), at CRAC Alsace, Altkirch (2024), at CREDAC, Ivry-sur-Seine (2024), at Bozar, Brussels (2024), at LE BAL, Paris and at The photographers' gallery until 07.06.26.
Liz Magor was born in 1948. She lives in Vancouver (Canada). An important artist of the Canadian scene, she participated to a number of group shows at the Vancouver Art Gallery, National Art Gallery in Ottawa, Seattle Art Museum, Wattis Institute, to Documenta 8 and to the Venice Biennale. Triangle Marseille reintroduced her work in Europe in 2013 (cur. Céline Kopp) and it was subsequently shown at Crédac-contemporary art center in Ivry-sur-Seine (cur. Claire Le Restif). In 2017, her retrospective which was initiated by Musée d'Art Contemporain in Montreal toured at Migros Museum Zurich, Kunstverein in Hamburg and MAMAC in Nice. She was a resident at DAAD in Berlin in 2017-2018. Her work was presented at The Renaissance Society, Chicago and the Carpenter Center for the Visual Arts, Cambridge in 2019 and was the subject of solo shows at Focal Point Gallery (Southend-on-Sea, UK), The Douglas Hyde Gallery (Dublin, IR) and Fondazione Giuliani (Rome, IT) in 2023 and at the MoCA Toronto in 2024.
Warmest thanks to: Hélène Giannecchini, Claire Kellenberger, Evie K Horton, Laure Leprince, Joshua Duncan, Anne Lacoste, Le Bal Paris (Diane Dufour, Julie Héraut and the team, The Photographers' Gallery London (José Neves), Fondation Pernod-Ricard (Franck Balland)